C’était quoi le sujet de départ ? Ah oui, le changement climatique et ses impacts sur nos sociétés, sur nos enfants. Cette réalité terrifiante qu’il n’est plus de bon goût de remettre en cause. Au Bella Center, le centre qui accueille le cœur des discussions du sommet de Copenhague sur le climat, aurait-on tendance à oublier l’essentiel : l’urgente menace climatique ?
Nous touchons désormais au cœur des négociations. La tension est palpable, à la hauteur tout simplement de l’enjeu : trouver un panel de solutions pour que l’Humanité, rien que ça, n’ait pas à affronter un futur qui soit pire que le présent. Les négociateurs ont passé les 400 dernières heures à chercher des compromis, à faire passer des messages. Ils ne sont pas seuls puisque chaque délégation est accompagnée d’experts. Et le temps est maintenant venu des Chefs d’Etat, parce qu’une négociation climat a pour finalité d’aboutir à un accord politique, et bien sûr Copenhague n’échappe pas à la règle. Aboutir à un accord politique.... C’est essentiel, mais au combien compliqué. Pourquoi ? Parce que les problèmes que pose la lutte contre le changement climatique ne sont pas les seuls à intervenir dans les discussions, même si celles-ci leurs sont dédiées. Atténuer et s’adapter demande de discuter d’argent, d’investissements nationaux comme de transferts de fonds internationaux. Et cela est bien normal, puisqu’une négociation internationale sert précisément à cela. Or, comment discuter d’argent sans inclure, volontairement ou pas, d’autres dimensions de la vie politique internationale. Cela reviendrait à faire table rase du monde qui nous entoure, des questions de commerce international, de biodiversité, de pauvreté et de tant d’autres encore. Il faut donc bien garder en tête qu’on ne négocie pas sur le climat en vase clos, et que les autres problèmes du monde viennent peu ou prou s’immiscer dans les discussions, dans les nécessaires tensions, et parfois même dans les accords finaux.
Du point de vue de l’observateur, de la sphère scientifique ou de la société civile plus généralement, cela interroge tout de même. Car sur le fond, il ne faudrait pas non plus perdre de vue les enjeux fondamentaux du climat. Il n’y a pas que les autres questions de gouvernance internationale qui sont réelles, les menaces du changement climatique le sont tout autant. L’impression domine pourtant parfois d’un processus qui se déconnecte petit à petit de ce pourquoi il a été initié. Combien de fois ont été prononcés les mots « populations vulnérables » au cours des deux dernières semaines ? Cela a-t-il servit à ce que chaque pays accepte d’énoncer des engagements forts, en termes d’atténuation comme d’adaptation, et dans l’esprit de vraiment tenir ces engagements ? Le sentiment est que non pour tous ceux qui ne sont pas dans le Bella Center. Quand le Président des Maldives, Mohamed Nasheed, explique que son pays risque tout simplement de disparaître, combien de personnes en face comprennent profondément ce que cela signifie ? Lorsque ce même Président dit que les Maldiviens pourront évidemment toujours migrer, mais qu’ils n’emporteront avec eux ni les couleurs, ni les vécus du quotidien, ni ce qui a fait leur peuple depuis près de 2 500 ans, combien dans l’audience ressentent un véritable frisson de terreur ? Ce frisson a pourtant sa place dans ce qui fait les négociations, car il peut être l’un des éléments, au bout d’heures et de nuits de discussion, qui peut permettre de trouver un compromis, de débloquer une situation et de parvenir à un accord. Pour reprendre un parallèle souvent fait entre les négociations climat et le plan de relance des banques, c’est parce qu’il y avait une vraie peur des conséquences économiques majeures de la crise que ceux qui en avaient le pouvoir ont trouvé un accord et défini une stratégie. Sans discuter du bien fondé de cette stratégie, un frisson de terreur, ici à Copenhague, peut s’avérer d’une certaine utilité. Du moins permet-il de rester humain et peut-être de méditer cette phrase cinglante d’Hugo Chavez : « si le climat était une banque, nous l’aurions déjà sauvé ».