L'Iddri en direct des négociations climat

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vendredi 18 décembre 2009

Coma climatique…

C’était quoi le sujet de départ ? Ah oui, le changement climatique et ses impacts sur nos sociétés, sur nos enfants. Cette réalité terrifiante qu’il n’est plus de bon goût de remettre en cause. Au Bella Center, le centre qui accueille le cœur des discussions du sommet de Copenhague sur le climat, aurait-on tendance à oublier l’essentiel : l’urgente menace climatique ?

Nous touchons désormais au cœur des négociations. La tension est palpable, à la hauteur tout simplement de l’enjeu : trouver un panel de solutions pour que l’Humanité, rien que ça, n’ait pas à affronter un futur qui soit pire que le présent. Les négociateurs ont passé les 400 dernières heures à chercher des compromis, à faire passer des messages. Ils ne sont pas seuls puisque chaque délégation est accompagnée d’experts. Et le temps est maintenant venu des Chefs d’Etat, parce qu’une négociation climat a pour finalité d’aboutir à un accord politique, et bien sûr Copenhague n’échappe pas à la règle. Aboutir à un accord politique.... C’est essentiel, mais au combien compliqué. Pourquoi ? Parce que les problèmes que pose la lutte contre le changement climatique ne sont pas les seuls à intervenir dans les discussions, même si celles-ci leurs sont dédiées. Atténuer et s’adapter demande de discuter d’argent, d’investissements nationaux comme de transferts de fonds internationaux. Et cela est bien normal, puisqu’une négociation internationale sert précisément à cela. Or, comment discuter d’argent sans inclure, volontairement ou pas, d’autres dimensions de la vie politique internationale. Cela reviendrait à faire table rase du monde qui nous entoure, des questions de commerce international, de biodiversité, de pauvreté et de tant d’autres encore. Il faut donc bien garder en tête qu’on ne négocie pas sur le climat en vase clos, et que les autres problèmes du monde viennent peu ou prou s’immiscer dans les discussions, dans les nécessaires tensions, et parfois même dans les accords finaux.

Du point de vue de l’observateur, de la sphère scientifique ou de la société civile plus généralement, cela interroge tout de même. Car sur le fond, il ne faudrait pas non plus perdre de vue les enjeux fondamentaux du climat. Il n’y a pas que les autres questions de gouvernance internationale qui sont réelles, les menaces du changement climatique le sont tout autant. L’impression domine pourtant parfois d’un processus qui se déconnecte petit à petit de ce pourquoi il a été initié. Combien de fois ont été prononcés les mots « populations vulnérables » au cours des deux dernières semaines ? Cela a-t-il servit à ce que chaque pays accepte d’énoncer des engagements forts, en termes d’atténuation comme d’adaptation, et dans l’esprit de vraiment tenir ces engagements ? Le sentiment est que non pour tous ceux qui ne sont pas dans le Bella Center. Quand le Président des Maldives, Mohamed Nasheed, explique que son pays risque tout simplement de disparaître, combien de personnes en face comprennent profondément ce que cela signifie ? Lorsque ce même Président dit que les Maldiviens pourront évidemment toujours migrer, mais qu’ils n’emporteront avec eux ni les couleurs, ni les vécus du quotidien, ni ce qui a fait leur peuple depuis près de 2 500 ans, combien dans l’audience ressentent un véritable frisson de terreur ? Ce frisson a pourtant sa place dans ce qui fait les négociations, car il peut être l’un des éléments, au bout d’heures et de nuits de discussion, qui peut permettre de trouver un compromis, de débloquer une situation et de parvenir à un accord. Pour reprendre un parallèle souvent fait entre les négociations climat et le plan de relance des banques, c’est parce qu’il y avait une vraie peur des conséquences économiques majeures de la crise que ceux qui en avaient le pouvoir ont trouvé un accord et défini une stratégie. Sans discuter du bien fondé de cette stratégie, un frisson de terreur, ici à Copenhague, peut s’avérer d’une certaine utilité. Du moins permet-il de rester humain et peut-être de méditer cette phrase cinglante d’Hugo Chavez : « si le climat était une banque, nous l’aurions déjà sauvé ».

Sprint final

A quelques heures de la fin de la négociation, où en est on ?

Depuis plusieurs jours, et malgré l’arrivée des Ministres, la négociation est complètement bloquée. Elle s’est embourbée dans des histoires de procédure et elle a fait très peu de progrès en substance. Hier soir, certains groupes d’écriture faisaient même manifestement des pas en arrière, notamment sur la question des engagements et des actions de réduction d’émission des pays développés et en développement, où chacun durcissait ses positions, au lieu d’avoir une attitude constructive.

Les Chefs d’Etat se sont réunis hier à 23h en petit groupe pour essayer de décoincer la situation. Malheureusement, les deux premières tentatives pour trouver une solution de compromis se sont soldées par des échecs. Les Chefs d’Etat tentent de se mettre d’accord sur une déclaration politique substantielle, qui trancherait sur les quatre points essentiels : l’avenir du Protocole de Kyoto, le mode d’engagement des Etats-Unis, la vérification des actions des pays en développement, et le financement de long terme. Si les Chefs d’Etat tranchaient sur ces grandes questions, la négociation pourrait aboutir. Mais aucun consensus n’a pu émerger cette nuit. Les sherpas ont repris la main au petit matin pour essayer de trouver une voie de sortie positive.

Les Chefs d’Etat sont revenus en fin de matinée pour faire des discours en plénière. Malgré le ton convenu de la plupart d’entre eux, on peut en tirer certaines indications quant à l’issue de la négociation.

Wen Jiabao. Le Premier Ministre chinois a esquissé une très légère ouverture. Tout en restant ferme sur les questions de vérification, il a laissé entendre qu’un compromis était envisageable sur ce point, si toutefois il respectait les –nombreuses – lignes rouges chinoises. Il a par ailleurs précisé que l’engagement chinois était inconditionnel, c’est-à-dire que quoi qu’il se passe ici à Copenhague, la Chine maintient son objectif sans demander de soutien financier et technologique.

Luiz Ignacio Lula da Silva. Le Président brésilien a fait preuve d’un très grand volontarisme. Il a réaffirmé avec force sa volonté de parvenir à un accord aujourd’hui. Mais pas à n’importe quel accord, un accord substantiel, pas une déclaration politique pour se voiler la face. Il a aussi fait bouger les lignes en annonçant par surprise que le Brésil était près à apporter son soutien financier et technologique aux pays pauvres. Il a lui aussi souligné que l’engagement brésilien était inconditionnel.

Barack Obama. Le Président américain a verrouillé. Son discours était manifestement plus adressé à son audience interne qu’aux autres pays. Il faut dire qu’il est observé de très près par son Congrès, et extrêmement contraint par lui. La première partie du discours a longuement rappelé le processus politique en marche aux Etats-Unis. La deuxième portait plus directement sur la négociation. Barack Obama a rappelé les deux principales exigences américaines : que tous les plus gros émetteurs prennent des objectifs de réduction d’émissions chiffrés, et que leurs actions soient vérifiées internationalement. A aucun moment il n’a donné le sentiment de faire des concessions – même infimes –notamment sur la différentiation, pour trouver une solution de compromis. Sur le financement, il a rappelé la promesse d’engagement faite par Hilary Clinton hier : que les pays développés mobilisent 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 pour soutenir les actions d’atténuation et d’adaptation des pays en développement.

Manmohan Singh. Le Premier ministre indien s’est montré assez défaitiste. Il a déclaré que nous pourrions être déçu par le résultat de Copenhague. Mais il a dit qu’il fallait voir Copenhague comme une étape vers la conclusion d’un accord en 2010. Il a donc très explicitement affiché sa volonté d’en faire le moins possible ici à Copenhague.

La perspective d’un accord s’éloigne donc, même si rien n’est perdu. Un troisième texte est en cours de négociation en ce moment entre les Chefs d’Etat. Comme l’a dit Luiz Ignacio Lula da Silva, « il faudrait un miracle ». Mais souhaitons de tout cœur qu’il se produise.

jeudi 17 décembre 2009

80 maires pesant un sixième de l’économie mondiale, à Copenhague.

Organisé en parallèle de (et pour faire pression sur) la COP15 par le réseau C40 regroupant les 40 plus grandes métropoles du monde, le « sommet des maires » a rassemblé durant trois jours 80 maires représentant 350 millions de personnes et un sixième de l’économie mondiale. Etaient présents MM. Kimbisa (Dar Es Salaam), Bloomberg (New York), Macri (Buenos Aires), Miller (Toronto), Kassab (Sao Paulo), Johnson (Londres), Ebrard (Mexico), Masondo (Johannesburg) et bien d’autres dont Mme Bjerregaard maire de Copenhague et hôte du sommet. Partage d’expériences et déclarations étaient au menu de ce sommet.

Face à l’incapacité des gouvernements nationaux à s’accorder, le sentiment partagé par l’ensemble des délégations locales oscillait entre dépit et responsabilité renforcée. Comme l’ont résumé Arnold Schwarzenegger, gouverneur de Californie, et David Miller, maire de Toronto et président du C40, « nous ne pouvons pas dépendre des gouvernements nationaux ils sont trop lents », « la bataille contre le changement climatique se gagnera ou se perdra dans les villes ».

Pour Marcelo Ebrard, maire de Mexico, ce schisme entre les autorités nationales et les autorités locales se situent à trois niveaux : « la vitesse de réaction, la portée de l’action et la nécessité des résultats rapides ». En effet, au fil des interventions et discussions, deux éléments se dégagent pour expliquer la volonté locale d’agir face au changement climatique : les effets du changement climatique, ressentis de façon très concrète au niveau local, d’une part et d’autre part la pression des citoyens-électeurs. L’argument de la « relance verte » relevant plus de la déclaration de foi.

Alors que les négociations intergouvernementales patinent, les maires et les réseaux qui les soutiennent repartent satisfaits. Comme le rappelait Edward Yau Tang-wah, ministre de l’environnement de Hong Kong, « nous ne sommes pas là pour dire que nous faisons bien ; mais pour dire que nous pouvons faire plus ». Avant tout, ce sommet des maires aura permis de renforcer les liens entre les maires des grandes villes du monde, de discuter de différentes actions communes possibles, mais surtout il aura permis un échange d’expériences. Que ce soit lors des diners, des transferts en bus ou pendant les sessions, les maires ont profité pleinement de ces trois jours pour confronter leurs actions, visions et idées, et appendre des autres. Ensuite le travail d’influence pour que les autorités locales apparaissent dans le texte d’accord final (le « wording ») est réussi. Tous les textes discutés ou circulants (dans des cercles plus ou moins fermés) font mention du rôle des autorités sub-nationales dans l’effort d’atténuation et d’adaptation, et de la nécessité de les inclure comme partie prenantes au design des politiques.

La demande adressée aux gouvernements nationaux est simple : 1) une direction générale (Angel Gurria, secrétaire général de l’OCDE, soulignait le responsabilité des autorités publiques dans la définition d’un cadre fournissant la visibilité nécessaire aux investisseurs privés) ; 2) des responsabilités accrues pour avoir les marges de manœuvre nécessaires à la hauteur de leur engagement (Robert Zoellick, président de la banque mondiale, expliquait que le niveau d’autorité est la première question qu’il pose à un maire avant de discuter des possibles coopérations) ; 3) des ressources financières supplémentaires ; 4) et une place à la table des négociations, notamment lorsqu’il s’agit de définir les mécanismes de flexibilité, de financement et de transfert de technologie.

L’entente semblait être à son apogée lorsqu’Anibal Ibarra, maire de Buenos Aires, proposait de réunir les politiques municipales d’achat vert afin de peser sur les marchés et producteurs, et ainsi profiter des économies d’échelle. Mais déjà quelques fissures se font sentir... A la question d’un journaliste « quelle est la ville la plus verte ? », et alors que Mme Bjerregaard tentait d’y échapper en affirmant qu’il n’y avait pas de rivalité entre les villes, Boris Johnson mettait – comme à son habitude – les pieds dans le plat, rappelant que si, les villes étaient bien en compétition et qu’il fallait en profiter. Ou M Kimbisa, maire de Dar Es Salaam, de rappeler qu’aucune politique climat ne serait un succès en Afrique si elle ne servait pas en premier lieu la lutte contre la pauvreté. Union facile parce que sans enjeu ou émergence d’une réelle gouvernance multi-niveau du climat ?

mercredi 16 décembre 2009

C'est dans le texte. Et alors ?

Un certain nombre de délégués ont un objectif précis à Copenhague: faire inclure dans le texte final une référence au secteur dans lequel ils sont actifs. C’est le cas des océans, des villes, des migrations... Nombre de side-events, de journées thématiques et d’activités de lobbying sont ainsi organisées dans le seul but de sensibiliser les délégués à l’importance de l’inclusion de tel ou tel mot-clé dans le texte de l’accord. Pour l’instant, ces tentatives ont été couronnées de succès: les projets de texte qui circulent font référence aux océans, aux déplacements de populations, aux villes, à la dette climatique... Qu’est-ce que ça change ? C’est une reconnaissance de l’importance de tel ou tel secteur dans le changement climatique, et peut-être un levier pour actionner certains mécanismes dans le futur. Mais ce n’est pas parce que les mots-clés sont inclus dans le texte que le texte est bon. Je me suis hier trouvé en profond désaccord avec une collègue qui se déclarait très satisfaite d’un projet de texte sur l’adaptation, très insuffisant, simplement parce qu’il faisait explicitement référence aux migrations...

L’importance de l’inclusion de ces mots-clés est ailleurs: pour ces chercheurs et ces militants qui se battent pour faire reconnaître l’importance de leur secteur, c’est avant tout une reconnaissance symbolique de leur travail, et de leur légitimité à prendre part à ces négociations. L’étape cruciale sera mainetnant de donner de la substance à ces références... pour autant qu’elles soient maintenues dans la version finale du texte.

Processus et résultat

Si l’issue finale de la COP15 reste incertaine, la plus grande confusion règne également sur le processus qui aboutira à cette issue. Les pays en développement réclament, depuis le début de la conférence, un processus équitable, ouvert et transparent. Trop longtemps, les pays en développement ont eu l’impression d’être les grands oubliés d’un processus qui se résumait à des marchandages entre pays industrialisés - ils veulent désormais que leur voix soit pleinement entendue, et n’hésiteront pas à faire capoter les négociations si elle ne l’est pas. Le problème, c’est qu’il est évidemment difficile de mettre tout le monde autour de la table au-delà des séances plénières formelles: les décisions cruciales, on le sait, se prennent souvent entre quelques uns au bout de la nuit. A cet égard, l’idée de Connie Hedegaard de tenir rapidement des consultations informelles entre quelques délégations pour faire avancer le processus était sans doute une mauvaise idée: de nombreux pays se sont sentis exclus du processus, ce qui a installé un climat de méfiance entre pays industrialisés et pays en développement.

L’autre question importante, dans le processus, est celle de la participation de la société civile. Si cette conférence est aussi importante, si on annonce la présence de 119 chefs d’Etat et de gouvernement, c’est aussi parce que les ONGs l’ont voulu ainsi. Contrairement à d’autres grandes négociations onusiennes, les ONGs ont toujours été très étroitement associées aux négociations, qu’elles ont à la fois nourries et stimulées. Pour des raisons logistiques qui tiennent à la fois à la capacité du Bella Center et à la sécurité des personnalités, le secrétariat de l’UNFCCC a décidé de restreindre considérablement l’accès du Bella Center à la société civile. Aujourd’hui, les quelque 20 000 représentants de la société civile devront ainsi se partager 7000 accréditations. Jeudi, ce sera 1000 et vendredi... 90. Cette décision n’est pas uniquement logistique, contrairement à ce que voudrait faire croire le secrétariat de l’UNFCCC: exclure la société civile d’un processus qu’elle a toujours accompagné est une décision profondément politique, et les manifestant qui se font actuellement molester par la police à l’extérieur du Bella Center l’ont bien compris.

Quelle que soit le résultat de cette COP, on ne pourra faire l’économie d’une réflexion profonde sur l’équité, l’ouverture et la transparence du processus de négociations. Ce n’est pas juste une question de logistique.

L’état des négociations ce mercredi à midi

Alors que s’est ouvert à Copenhague le débat de haut-niveau (réunissant les ministres de l’Environnement), parallèlement aux travaux des groupes de travail, le déroulement de la COP15/MOP5 se complexifie encore davantage.

Jusqu’à lundi le Japon s’est fermement opposé à ce que l’accord entérine le prolongement du protocole de Kyoto avant d’accepter, par la voix de son ministre de l’Environnement, de considérer la conservation de deux voies de discussion.

Le groupe de travail sur l’action coopérative de long terme dans le cadre de la Convention (connu sous son acronyme anglais AWG-LCA) a conclu ses travaux juste avant 7h ce matin, avec son projet de texte L7 & Add.1-9. Il s’agit essentiellement du même texte que la version présentée le 11/12/09 à 8h30, avec de nombreuses propositions encore entre crochets et l’ajout de quelques modifications techniques. Par exemple, la première année de révision est fixée à présent à 2014 (au lieu de 2016), et le paragraphe 16 (anciennement 15) décrivant une approche à deux voies est désormais entre crochets.

Le groupe de travail pour les parties au protocole de Kyoto (AWG-KP) s’est réuni mardi à 20h pour faire le point sur son projet de texte. Si de nombreuses propositions demeurent encore entre crochets, les parties se sont entendues sur une période d’engagements de 5 ou 8 ans, et sur une année de base unique sans toutefois préciser laquelle. Le sous-groupe sur l’UTCATF (utilisation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie, LULUCF en anglais) se serait réuni neuf fois, et des options pour de nouvelles règles ont été formulées. Celui sur les conséquences potentielles s’est réuni cinq fois, et les parties doivent encore se mettre d’accord sur plusieurs points (encadrement, création d’un forum pour les rapports sur les impacts négatifs).

Lors de la séance plénière qui s’est déroulée à minuit, de nombreux délégués, en particulier des pays en développement, ont exprimé leur mécontentement face à la complexité et au manque de transparence du processus.

Et pendant ce temps là, de nombreux représentants des ONG, empêchés d’accéder au Bella Center faute d’accréditation, manifestent à l’extérieur pour exprimer leur colère de ne pouvoir observer le processus des négociations.

Le financement "fast start" de l'Europe, à la hauteur de l'enjeu ?

Le conseil européen du 11 décembre s’est conclu sur des annonces des pays concernant le financement « fast start » pour la lutte contre le changement climatique. Il s’agit de financement destinés aux PED afin d’initier sans tarder les investissements nécessaires à la lutte contre le changement climatique les trois prochaines années.

Ces contributions sont volontaires, sur la base des situations budgétaires propres à chaque état membres. Au total, les Etats Membres ont proposé 2,4 milliards d’euros par an sur 2010-2012 soit au total 7,2 milliards d’euros incluant 1,65 milliards d’euros de la Grande Bretagne et 1, 26 milliards d’euros de la France.

La commission européenne avait publié en septembre une communication sur les besoins de financement estimés pour la lutte contre le changement climatique et l’adaptation dans les PED, ainsi que la part des différents mécanismes (contribution des PED, finance public, marché). Sur un total estimé de 100 milliards par an d’ici 2020, la commission estimait que la part de la finance publique pourrait représenter entre 22 et 50 milliards d’euros et la part de l’Europe entre 2 et 15 milliards d’euros. En outre, elle estimait que les besoins de financement pour le « fast start » devaient s’élever entre 5 et 7 milliards d’euros annuellement sur 2010-2012. Ainsi, le chiffre annoncé à l’issu du Conseil européen est en accord avec la communication de septembre. Cependant, il n’est pas clair dans quelle mesure les financements annoncés sont réellement additionnels par rapport aux montants de l’Aide Pour le Développement existants.

Toutes proportions gardées, ces annonces restent très modestes. Modestes lorsqu’on les compare au montant de l’APD mondiale, s’élevant à 120 milliards d’euros par an et dans la mesure où il est attendu des pays développés qu’ils doublent ces montants dédiés spécifiquement à l’aide au développement. Si on y ajoute les montants estimés destinés plus particulièrement au changement climatique (100 milliards d’euros par an), il faudrait ainsi que les efforts de la finance publique des pays développés soient multipliés par trois d’ici 2020.

« Climate REDI » : une annonce de 350 millions de dollars pour les pays en développement

Tout au long des deux semaines de négociations, et en parallèle aux réunions officielles, le pavillon des Etats-Unis au Bella Center propose une série de conférences rassemblant les hommes politiques américains les plus influents du moment. Gary Locke, le secrétaire d’état au commerce, était là vendredi pour présenter la politique climatique américaine du plan de relance américain, et les ambitions de la loi Waxman-Markey passée au Congrès.

Lundi 14 décembre, la petite salle de fortune était comble pour recevoir Steven Chu, prix Nobel de physique et Secrétaire d’Etat à l’Energie de Barack Obama, réputé pour ses prises de position engagées en faveur de la lutte contre le changement climatique. Il était venu accompagné, de la ministre de l’environnement italienne Stefania Prestigiacomo et du ministre indien de l’environnement Jairam Ramesh pour annoncer le lancement d’une nouvelle initiative de soutien technologique aux pays en développement, appelée ‘Climate REDI’ (Renewable and Efficiency Deployment Initiative).

L’objectif affiché de cette initiative est d’accélérer le déploiement des énergies renouvelables et des technologies améliorant l’efficacité énergétique dans les pays en développement, à travers des mécanismes de réduction des émissions de gaz à effet de serre, de lutte contre la pauvreté énergétique et d’amélioration de la santé publique chez les plus vulnérables, en particulier chez les femmes et les enfants.

« Climate REDI » financera quatre grands programmes, dont trois nouveaux, en interaction forte avec des programmes déjà existants : le développement de l’énergie solaire domestique dans les zones non connectées au réseau, la promotion des technologies propres, la création d’une plateforme électronique de partage d’informations sur les énergies propres, et la mise en place d’un programme d’assistance technique et politique pour la mise en œuvre des politiques énergétiques dans les pays en développement. Il s’articule ainsi autour de cinq mécanismes comprenant : une assurance qualité, pour éviter la mise en place de « sous-standards » dans les pays en développement, des standards minimum d’efficacité énergétique , des labels de performance à destination des consommateurs, un financement des investissements dans les premières étapes de développement des produits à faible teneur carbone, pour réduire les coûts et favoriser l’investissement privé et enfin un partage d’information sur les énergies propres.

Les fonds seront débloqués par le Forum des Economies Majeures (MEF) qui regroupe dix sept pays parmi les plus développés. Les Etats-Unis investiront 85 millions de dollars par an dans cette initiative dans les cinq prochaines années. L’Italie a annoncé un investissement de 30 millions de dollars, et l’Australie cinq millions de dollars. La Suède, la Norvège et le Royaume Uni sont également partenaires des Etats-Unis dans ce programme.

Cet investissement semble cependant extrêmement limité face à l’étendue de l’aide immédiate nécessaire aux pays pauvres pour leur adaptation au changement climatique, estimée à entre 5 et 7 milliards d’euros par an sur les trois prochaines années (« fast start ») et 100 milliards d’euros sur la période 2013-2020. Pour Steven Chu, le REDI est une initiative qui s’ancre dans les besoins de financement immédiats des PED et ne présage pas de l’issue des négociations sur le financement de l’adaptation et de l’atténuation. En outre, le caractère additionnel de ces financements par rapport aux engagements existants n’a pas été précisé.

Cependant, suite à cette annonce à l’ambition jugée limitée, les Etats-Unis ont obtenu leur premier « fossile» des négociations. Les « fossil of the day », inspirées de Jurassic Park, sont des statuettes décernées quotidiennement par les ONGs aux pays faisant obstruction aux négociations.

Enfin, les plans d’actions sur les technologies du MEF viennent d’être publiés : http://www.majoreconomiesforum.org/articles/statement-of-the-chair-of-the-leaders-representatives-of-the-major-economies-forum.html

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