L'Iddri en direct des négociations climat

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Questions transversales

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jeudi 17 décembre 2009

80 maires pesant un sixième de l’économie mondiale, à Copenhague.

Organisé en parallèle de (et pour faire pression sur) la COP15 par le réseau C40 regroupant les 40 plus grandes métropoles du monde, le « sommet des maires » a rassemblé durant trois jours 80 maires représentant 350 millions de personnes et un sixième de l’économie mondiale. Etaient présents MM. Kimbisa (Dar Es Salaam), Bloomberg (New York), Macri (Buenos Aires), Miller (Toronto), Kassab (Sao Paulo), Johnson (Londres), Ebrard (Mexico), Masondo (Johannesburg) et bien d’autres dont Mme Bjerregaard maire de Copenhague et hôte du sommet. Partage d’expériences et déclarations étaient au menu de ce sommet.

Face à l’incapacité des gouvernements nationaux à s’accorder, le sentiment partagé par l’ensemble des délégations locales oscillait entre dépit et responsabilité renforcée. Comme l’ont résumé Arnold Schwarzenegger, gouverneur de Californie, et David Miller, maire de Toronto et président du C40, « nous ne pouvons pas dépendre des gouvernements nationaux ils sont trop lents », « la bataille contre le changement climatique se gagnera ou se perdra dans les villes ».

Pour Marcelo Ebrard, maire de Mexico, ce schisme entre les autorités nationales et les autorités locales se situent à trois niveaux : « la vitesse de réaction, la portée de l’action et la nécessité des résultats rapides ». En effet, au fil des interventions et discussions, deux éléments se dégagent pour expliquer la volonté locale d’agir face au changement climatique : les effets du changement climatique, ressentis de façon très concrète au niveau local, d’une part et d’autre part la pression des citoyens-électeurs. L’argument de la « relance verte » relevant plus de la déclaration de foi.

Alors que les négociations intergouvernementales patinent, les maires et les réseaux qui les soutiennent repartent satisfaits. Comme le rappelait Edward Yau Tang-wah, ministre de l’environnement de Hong Kong, « nous ne sommes pas là pour dire que nous faisons bien ; mais pour dire que nous pouvons faire plus ». Avant tout, ce sommet des maires aura permis de renforcer les liens entre les maires des grandes villes du monde, de discuter de différentes actions communes possibles, mais surtout il aura permis un échange d’expériences. Que ce soit lors des diners, des transferts en bus ou pendant les sessions, les maires ont profité pleinement de ces trois jours pour confronter leurs actions, visions et idées, et appendre des autres. Ensuite le travail d’influence pour que les autorités locales apparaissent dans le texte d’accord final (le « wording ») est réussi. Tous les textes discutés ou circulants (dans des cercles plus ou moins fermés) font mention du rôle des autorités sub-nationales dans l’effort d’atténuation et d’adaptation, et de la nécessité de les inclure comme partie prenantes au design des politiques.

La demande adressée aux gouvernements nationaux est simple : 1) une direction générale (Angel Gurria, secrétaire général de l’OCDE, soulignait le responsabilité des autorités publiques dans la définition d’un cadre fournissant la visibilité nécessaire aux investisseurs privés) ; 2) des responsabilités accrues pour avoir les marges de manœuvre nécessaires à la hauteur de leur engagement (Robert Zoellick, président de la banque mondiale, expliquait que le niveau d’autorité est la première question qu’il pose à un maire avant de discuter des possibles coopérations) ; 3) des ressources financières supplémentaires ; 4) et une place à la table des négociations, notamment lorsqu’il s’agit de définir les mécanismes de flexibilité, de financement et de transfert de technologie.

L’entente semblait être à son apogée lorsqu’Anibal Ibarra, maire de Buenos Aires, proposait de réunir les politiques municipales d’achat vert afin de peser sur les marchés et producteurs, et ainsi profiter des économies d’échelle. Mais déjà quelques fissures se font sentir... A la question d’un journaliste « quelle est la ville la plus verte ? », et alors que Mme Bjerregaard tentait d’y échapper en affirmant qu’il n’y avait pas de rivalité entre les villes, Boris Johnson mettait – comme à son habitude – les pieds dans le plat, rappelant que si, les villes étaient bien en compétition et qu’il fallait en profiter. Ou M Kimbisa, maire de Dar Es Salaam, de rappeler qu’aucune politique climat ne serait un succès en Afrique si elle ne servait pas en premier lieu la lutte contre la pauvreté. Union facile parce que sans enjeu ou émergence d’une réelle gouvernance multi-niveau du climat ?

mercredi 16 décembre 2009

A night in brackets

The High-Level Segment is about to start here in Copenhagen and both Ad Hoc Working Groups, the AWG-LCA and the AWG-KP are closing their business. And it has been a long closing night for the AWG-LCA. After having been delayed many times, the plenary finally started at 1 AM and finished at 6.30 AM, after an intense bracketing session.

Michael Zammit Cutajar, the Chair of the AWG-LCA presented its new package of texts. It consists of a core decision (the 1/CP15) and a bunch of satellite decisions. These satellite decisions cover issues such as: adaptation, a mechanism to register and facilitate the matching of NAMAs and support, REDD-plus, a mechanism for technology development and transfer, and the governance of the financial architecture. All of these satellite decisions contain options, sometimes numerous, as in the case for adaptation or technology, sometimes limited, as far as registry and finance are concerned Yesterday night, these satellite decisions flied pretty easily. But the core decision was vividly discussed.

There has been a dramatic turn of events on this core decision during the past few days. - On Friday Morning, the first version of the Chair of the AWG-LCA proposed 1/CP15 was presented to the contact group. It was then accepted by all, except Japan, as a possible basis for negotiations. Japan said it could not accept the option chosen in the mitigation for developed countries section: an unconditional second commitment period for KP Parties. Other KP Parties had similar concerns, but said they were ready to accept the text as a basis for negotiation. The US said that the overall structure of the mitigation for developed and developing countries was not right, but also said they were ready to accept the text as a basis for negotiation. The developing countries were generally happy with the text, even though they had some specifics remarks.

- On Saturday morning, the Chair of the AWG-LCA organized some informal on the mitigation section of the proposed text. The turn of events probably surprised and disturbed the US. Parties made comments paragraph by paragraph, de facto endorsing the structure of the text, which is not suitable for the US. The US then got frightened.

- On Saturday afternoon, during an informal Ministerial, the US complained about the Chair’s proposed text and asked Connie Hedegaard, Danish Minister of Energy and Climate, and President of the COP15, for immediate political action.

- On Sunday during, it was then decided during a pre COP meeting gathering 48 Ministers that the Presidency of the COP would extract the main political elements of the Chair of the AWG-LCA proposed text and that she would organize Ministerial consultations on these points. The list of issues is the following:

o Aspects of developed country mitigation

  • How to increase aggregate and individual targets
  • How to ensure comparability of efforts among developed countries

o Aspects of developing country mitigation

  • How to register planned actions
  • How to measure report and verify implemented mitigation actions

o Aspects of finance

  • How to set a long term quantified goal on climate finance
  • How to create new sources for climate finance
  • How to measure report and verify climate finance

o Other issues

  • Bunkers
  • Trade

- On Monday and Tuesday, some Ministerial consultations have then benn co Chaired by two Ministers, one of a developed country, one of a developing country, on each of the issues (UK and Ghana on finance etc…). However, these informal did not provide the change of gears that was hoped, mainly because even if they were co Chaired by Ministers, negotiators were intervening from the floor. It was of particular concern for some Parties that consultations were not launched on 1bi but were launched on KP, finance and NAMAs, raising questions about the – favourable – treatment of the US.

- On Monday night, during the closing plenary of the AWG-LCA, developing countries, driven by the big emerging countries (China, India, Brazil and South Africa) have asked for the FULL Chair’s proposed text to be included in the report of the Chair to the COP, not the text MINUS the main political elements. It has therefore been a long night, with the US trying to introduce brackets everywhere in the mitigation section. It was not sufficient for the US to put some brackets at the beginning and at the end of each section. It was willing to underline areas of particular concern. This exercise eventually stops at 6.30 AM on Wednesday morning leaving everybody exhausted.

lundi 14 décembre 2009

L’émergence des questions urbaines dans les négociations internationales sur le changement climatique

“Cities are part of the climate change problem, but they are also a key part of the solution. So do not repeat the mistake of the Kyoto protocol: do not forget local authorities”. Voilà en résumé le message martelé par les autorités locales et les réseaux de villes et/ou de régions présents à Copenhague.

Cependant, les questions urbaines restent encore périphériques dans les négociations. Plusieurs éléments contraignent l’émergence et la reconnaissance des métropoles, à la fois comme sujet dans les négociations mais surtout comme nouvel acteur du changement climatique : la négociation vise un accord multilatéral qui engage, au regard du droit international, les Etats au premier chef. Cela n’empêche pas l’intégration des niveaux infra nationaux, mais la CCNUCC reste marqué du sceau de Rio qui a consacré la souveraineté des Etats dans la gestion du développement durable. En effet, les discussions de la COP15 se déroulent dans un cadre bien balisé, qui est d’une part la CCNUCC et d’autre part le Plan d’Action de Bali qui ne font mention ni l’un ni l’autre des villes. Enfin, du fait des difficultés à avancer sur les points clefs d’un accord post-Kyoto, il apparaît difficile de mettre sur la table de nouveaux sujets, pour pertinents qu’ils soient.

L’objectif des autorités locales a été résumé lors de la dernière réunion du C40, à Séoul (18-21 mai 2009), par la formule “Engage, Empower and Resource”, qui appelle de ses vœux des engagements précis et quantifiés assortis d’une échéance, l’octroi de compétences renforcées aux autorités locales afin de leur donner réellement les moyens d’agir, et le déblocage de ressources financières substantielles.

Comme l’a rappelé Ronan Dantec (vice-président de Nantes Métropole) le 7 décembre 2009 dans son intervention lors de la séance d’ouverture du groupe ad-hoc de travail sur une action coopérative de long-terme (AWG-LCA), « depuis 2 ans, les principaux réseaux de collectivités locales et sub-nationales sont intervenus pour rappeler la place déterminante que jouent et veulent jouer les autorités locales dans la lutte contre le changement climatique. Aucun pays ne tiendra ses engagements que nous espérons ambitieux, sans l’engagement de ses autorités locales. »

Si de nombreux élus locaux du monde entier et plusieurs réseaux d’autorité locales sont présents à la COP15 (Energie-Cités, Climate Alliance, Metropolis, Eurocities, WMCCC, etc.), ICLEI est sans doute le plus visible et le plus actif. Installé dans le Hall C du Bella Center regroupant les secrétariats des délégations, les bureaux d’ICLEI (situé juste entre la délégation française et la délégation de Papouasie Nouvelle Guinée) lui permettent d’organiser en continu des side-events, mais surtout lui offre une proximité favorable à son activité de lobby. Cet accès aux délégations se concrétise notamment par des rencontres à huit-clos entre les négociateurs et leurs élus locaux. Durant ces réunions informelles, ICLEI offre d’une part un espace de dialogue nécessaire pour lever les blocages de compréhension et d’appréciation des enjeux, et d’autre part présente les revendications des élus locaux – cette fois adossés à une communauté internationale.

Pour Copenhague, l’objectif des réseaux d’autorités locales est double : améliorer la communication entre les élus locaux et les gouvernements d’une part, et d’autre part obtenir une mention du rôle clef des villes et régions dans les textes qui seront adoptés lors de la COP15. Cette reconnaissance internationale doit être comprise comme une étape pour mobiliser les échelons locaux et sub-nationaux, tout en respectant les prérogatives des gouvernements nationaux, c’est-à-dire rééquilibrer la gouvernance multi-niveau et renforcer le pouvoir de négociation des autorités sub-nationales.

Le premier objectif – améliorer la reconnaissance et la compréhension du rôle que les villes peuvent et veulent jouer dans la lutte contre le changement climatique - semble être atteint. Le second objectif – la quête du « wording » - a fait l’objet d’une intense activité depuis la COP13 de Bali en 2007, et plus particulièrement au cours de l’année 2009. Nombre de pays développés et en développement ont reconnu l’importance du rôle des échelons sub-nationaux et ont défendu des soumissions officielles intégrant les nécessaires partenariats entre tous les niveaux de gouvernement. Ceci a abouti à une centaine de références dans les chapitres vision partagée, atténuation et adaptation. Malheureusement, la plupart de ces amendements ont disparu dans les textes présentés à la fin de la Conférence de Barcelone, et les élus locaux doivent aujourd’hui reprendre leur bâton de pèlerin. Cette tâche a été compliquée durant cette première semaine d’une part par la multiplicité des textes et donc la difficulté de savoir sur lequel travailler, et d’autre part le durcissement des négociations se focalisant sur le cœur d’un futur accord international et fermant la porte à l’entrée de nouveau sujet.

L’entrée en piste des maires des grandes villes du monde lors du « Copenhague Climate Summit for Mayors » (15 et 16 décembre), en parallèle de l’arrivée des ministres puis des chefs de gouvernement, apportera-t-il le poids politique suffisant pour emporter cette reconnaissance internationale ?

jeudi 10 décembre 2009

La fuite d’un projet d’ « accord de Copenhague » rebat les cartes du processus.

La deuxième journée de la Conférence de Copenhague a été marquée par la fuite, dans la presse anglaise (The Guardian), d’un projet de décision de la Conférence des Parties intitulée « Accord de Copenhague », daté du 27 novembre 2009, qui a été préparé par un petit groupe informel de négociateurs sur la base d’une initiative du Premier Ministre danois. Ce projet n’avait circulé que de manière très prudente, de la main à la main, auprès d’un cercle très restreint de conseillers de Chefs d’Etat et de Gouvernement.

Ce projet reflète une vision du résultat de la Conférence de Copenhague qui est fortement marquée par les positions des pays industrialisés et qui semble d’abord vouloir répondre à leurs attentes y compris celles exprimées par les Etats Unis qui se distinguent de celles de l’UE sur de nombreux points, ce qui n’a pas manqué de provoquer de très fortes réactions de la part du G77 et de la Chine, tant sur la manière de procéder que sur le fond. Sur le fond tout d’abord, ce projet propose un « accord de Copenhague » sous la forme d’un accord politique qui serait validée par une décision de la Conférence des Parties qui prendrait effet immédiatement, pour inviter les Parties Contractantes à la CCNUCC à poursuivre les négociations en cours en vue de parvenir à un accord juridiquement contraignant à une prochaine Conférence des Partie dont la date n’est pas précisée. Ce projet est assez complet (32 points) dès lors qu’il couvre non seulement la vision partagée évoquée par le Plan d’Action de Bali mais qu’il cherche également à articuler les éléments du Plan d’Action de Bali de manière relativement détaillée.

Sur la coopération à long terme, et au titre de la vision partagée, le projet reprend l’objectif de limitation du réchauffement climatique à 2°C au dessus du niveau préindustriel, le principe d’un pic des émissions globales, sans toutefois donner de date définitive pour ce dernier puisque l’année 2020 est mise entre crochets, ainsi qu’un objectif de réduction des émissions globales de 50 % d’ici 2050 par rapport à 1990, spécifiant que, rapporté à 2005 comme année de référence, cet objectif serait de 58%.

En matière d’atténuation, le projet engage les pays développés à réduire leurs émissions d’ici 2020 par rapport à leurs niveaux de 1990 de manière à pouvoir réaliser un objectif de réduction d’au moins 80 % d’ici 2050. Aucun objectif précis ne figure donc dans le texte pour 2020 ou 2030. En annexe du projet, il est prévu d’inscrire les objectifs chiffrés d’atténuation individuels de chaque pays industrialisé, reprenant ainsi l’approche américaine quant à la manière « bottom up » d’inscrire les engagements.

Pour les pays en développement, le projet propose qu’ils réalisent, à travers des actions d’atténuation adaptées au niveau national (NAMAs) qui seraient reconnues de par leur enregistrement « sous forme de base de données » au niveau de la CCNUCC, une déviation de la trajectoire de leurs émissions tendancielles pour 2020. L’enregistrement ne serait obligatoire que pour les seules actions pour lesquelles un soutien financier serait demandé et devrait permettre de connaître les résultats attendus de celles-ci en termes quantitatifs, à savoir en termes de réduction d’émissions. Mais surtout, le projet propose un pic des émissions des pays en développement, sans toutefois s’avancer sur une date. Le projet propose d’inscrire, dans une annexe et avant une date limite qui n’est toutefois pas donnée, les actions d’atténuation des pays en développement, sauf pour les pays les moins avancés.

Ce qui a notamment irrité les pays en développement, c’est que non seulement les actions sont inscrits de la même manière, dans des annexes, mais qu’elles sont libellées à l’identique pour les pays industrialisé que pour eux-mêmes sous le vocable « actions d’atténuation adaptées au niveau national » (NAMAs) qui, selon eux, leur est strictement réservé pour marquer la différenciation des engagements et actions tant au regard de leur nature que sur leur forme et conséquences. D’ailleurs, le projet contient un paragraphe dédié aux politiques nationales qui s’adresse aux deux groupes de pays de manière indistincte, aux termes duquel ils doivent intégrer des politiques de développement faiblement carbonée dans le cadre de la programmation au niveau national, une manière prudente de prévoir des stratégies nationales de développement faiblement carbonée que défend notamment l’UE.

Sur la déforestation évitée, le projet invite les Parties à indiquer leur objectif de stabilisation du couvert forestier d’ici une année qui reste à déterminer et à réduire la déforestation d’un pourcentage, également à déterminer, d’ici 2020.

En matière d’aviation et de transport maritime, des objectifs de réduction des émissions mondiales pour chaque secteur doivent être définis selon un pourcentage (à déterminer) d’ici 2020, par rapport à une année de référence (2005 est proposé).

Le rôle du marché carbone est très largement mis en avant pour le financement des actions d’atténuation dans les pays en développement, et le texte renvoie à d’autres décisions que pourraient adopter la COP et la COP/MOP quant à l’amélioration des mécanismes de marché existants, on doit comprendre qu’il s’agit d’un mécanisme de créditing sectoriel, et pour garantir l’intégrité environnementale du marché carbone. Sur ce dernier, la question de savoir si les rédacteurs ont voulu aborder les conditions d’un report d’un surplus important de réductions d’émissions de certains pays (Russie, Ukraine) découlant de leur quantité attribuée pendant la première période d’engagement du Protocole de Kyoto.

Sur le financement, le projet reste muet quant aux chiffres du montant que devrait couvrir le financement public international pour 2020. Le projet d’accord indique que les fonds « viennent de sources multiples » et confirme leur caractère « additionnel et nouveau » par rapport à l’aide publique au développement en faveur des pays en développement. Un « fonds climat » est créé, abondé par les parties, ainsi qu’un « bureau du financement international » pour « mesurer et vérifier le financement international ». Enfin, le projet contient une annexe sur le financement des actions à court terme (« fast start ») d’ici à 2012, mais il ne donne pas non plus d’indication quant au montant financé.

Si ce projet reflète l’esprit de Kyoto, de par le fait qu’il ne prévoit des engagements chiffrés contraignants pour les seuls pays industrialisés, il entérine une classification des pays en trois groupes, alors que le protocole de Kyoto n’en prévoit que deux catégories, et gomme la différenciation des pays en développement sur de nombreux points.

Sur la manière de procéder également, les pays en développement ont vivement réagit, critiquant l’opacité de l’initiative et la négation du processus formel qui a cours dans le cadre de la CCNUCC et du protocole de Kyoto.

En réalité, la fuite de ce projet a d’abord un impact sur le processus. L’effet premier de cette fuite est de renforcer la méfiance des pays en développement à l’égard des pays développés. Du coup, ils se sentent renforcés dans le maintien de leur position alors même que les groupes de travail AWG LCA et KP se sont engagés dans un exercice de rédaction et de consolidation des textes depuis le démarrage de la Conférence de Copenhague.

Dans un tel climat de méfiance, il est prévisible que les pays en développement se fient davantage aux Présidents des groupe de travail AWG LCA et KP pour avancer dans la négociation, dans un cadre qui leur sera plus propice pour défendre leurs intérêts. La question est aujourd’hui de savoir s’ils sont prêts à confier un mandat au Président de la voie LCA pour qu’il prépare un projet de décision de la Conférence des Parties qui serait négocié dans le cadre formel de la voie LCA sous la CCNUCC. Pour eux, le temps presse, car beaucoup des délégués des pays en développement disent à demi-mot qu’ils voudraient fermer un maximum de sujets avant le segment ministériel.

Il conviendra néanmoins de reconstruire la confiance, par l’écoute et davantage de proposition visant à la coopération, que ce soit dans les groupes de contact mis en place dans chacune des voies de négociation, ou à l’extérieur de ces voies, en réunions bilatérales notamment. Ce n’est pas encore le cas, le G77 et la Chine ayant provoqué plusieurs incidents lors de la session de la COP/MOP de mercredi qui étaient liés directement ou indirectement à l’articulation des deux voies de négociation, donc à la forme et au contenu de l’accord.

En conséquence, cette « fuite » peut potentiellement permettre d’aller de l’avant, si la confiance est rétablie rapidement, et cela passera par une attitude plus constructive des pays industrialisés par rapport aux demandes des pays en développement, tout particulièrement sur le financement pour l’après 2012. On peut s’interroger sur la question de savoir à qui profites cette fuite, qui ne semble pas accidentelle. C’est un paradoxe, en apparence du moins, mais sans doute à la ministre danoise en charge du climat, Mme Connie Hedegaard, qui n’était pas personnellement impliquée dans cette initiative, mais qui a la lourde responsabilité de présider cette Conférence et devrait recouvrer sa pleine marge de manœuvre en étroite coopération avec les Présidents des groupes AWGs. Par contre, les américains qui ont participé à l’initiative de ce projet d’accord, sont vus, un peu davantage encore, comme voulant imposer leur approche, notamment en ce qui concerne leur rejet du protocole de Kyoto et l’effacement de la différenciation entre pays industrialisés et pays émergeants.

mercredi 9 décembre 2009

L’annonce de l’EPA classant six gaz à effet de serre « menaces pour la santé publique » réchauffe le débat sur le climat

À l’ouverture des négociations climatiques à Copenhague, l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis (EPA), a officiellement déclaré que six gaz à effet de serre (GES) contribuaient à la pollution atmosphérique et mettaient en danger la santé publique et le bien-être. Cette décision d’endangerment finding (« reconnaissance de mise en danger ») met fin à un processus engagé par la Cour suprême en 2007 et obligeant l’EPA à évaluer la menace présentée par les GES. Elle donne à l’EPA le pouvoir et le devoir de réglementer les gaz à effet de serre en tant que polluants dans le cadre de la loi sur la pureté de l’air (Clean Air Act), bien qu’aucune précision sur les exigences réglementaires ou les conséquences de cet avis final n’ait été fournie lors de l’annonce de lundi. Alors pourquoi avoir fait cette annonce avant la moindre réglementation ? Pourquoi le premier jour de la COP15 ? Ces interrogations ont inévitablement conduit à des spéculations sur les raisons de cette décision de l’EPA.

L’hypothèse la plus évidente est que cette annonce envoie un message clair au Congrès américain dans le but de relancer l’adoption de la législation climat-énergie, en attente au Sénat, en gardant à l’esprit que le projet de loi s’appuie actuellement fortement sur un régime « cap-and-trade » qui pourrait être complété par des mesures de réduction des émissions supplémentaire proposées par l’EPA sur la base du mandat de la Cour suprême. Mais le moment choisi par l’EPA pour son annonce suggère une autre motivation. En l’absence d’une loi nationale sur le climat, l’initiative de l’EPA peut être une démonstration de la volonté des États-Unis à agir sur le changement climatique alors que les négociateurs américains cherchent à obtenir des engagements de la part des autres nations.

Purement fortuit ou pas, le calendrier choisi par l’EPA est à coup sûr symbolique de la chaleur engendrée par les négociations internationales sur le climat, ici, dans le froid de Copenhague.

dimanche 8 novembre 2009

L'Iddri à Barcelone: Une histoire de chaises...

Enfin, pour finir cette session, terminons sur une note plus légère. Sur la porte du bureau de Michael Zammit Cutajar et de John Ash, respectivement Président de l’AWG-LCA et de l’AWG-KP, il y a marqué: "Chair" ("Président"). Mais visiblement, pour les espagnols qui travaillent dans le centre de conférence et qui s’occupent de la logistique, être "Chair" d’un processus onusien, ca ne veut pas dire grand chose. A chaque fois qu’ils ont besoin d’une chaise, ils viennent en prendre une dans le bureau...

L’IDDRI à Barcelone : Quelle forme peut prendre l’accord de Copenhague ?

Le Plan d’Action de Bali, adopté en décembre 2007, a lancé un vaste processus de négociations pour permettre l’application intégrale, effective et continue de la CCNUCC qui doit aboutir à la conclusion d’un accord à la 15ème réunion de la Conférence des Parties (CdP) à Copenhague du 7 au 18 Décembre. En formulant les choses ainsi, les Parties à la CCNUCC avaient décidé de ne pas préjuger de la forme juridique de l’accord. A raison, pourrait on croire, la forme devant suivre la substance. Mais en fait, cette incertitude sur la forme juridique de l’accord visé, et l’existence de deux voies de négociation (sous la CCNUCC : AWG-LCA, et sous le Protocole de Kyoto : AWG-KP) freine aussi d’une certaine manière les progrès sur la substance.

A Barcelone, les questions juridiques ont de nouveau été au cœur des négociations. Le Secrétaire exécutif de la CCNUCC, M. Yvo de Boer, et le Président de l’AWG-LCA, Mr Michael Zammit Cutajar, ont tous les deux affirmé que, étant donné les divergences persistantes entre les Parties sur la forme juridique, et étant donné le peu de temps de négociation restant, quel que soit la forme juridique de l’accord final, la négociation à Copenhague portera très vraisemblablement sur la négociation d’une – ou plusieurs – décisions de la CdP, pas d’un nouveau traité. Un nouveau traité pourrait être adopté, si les positions convergeaient, lors du CdP bis 6 mois après Copenhague, ou lors de la 16ème CdP à Mexico en Décembre 2010.

En effet, si quasiment tous les pays, y compris les Etats-Unis, se sont prononcés en faveur de l’adoption d’un accord « juridiquement contraignant », tous ne mettent pas la même réalité derrière ces mots :

L’UE souhaite l’adoption d’un nouvel instrument juridique unique, sous la forme d’un nouveau protocole, qui reprendrait les règles du Protocole de Kyoto (PK) pour les pays développés, et qui comporterait un ensemble d’obligations différentes pour les pays en développement. Les Etats-Unis, eux, refusent toujours de ratifier le PK, d’abord pour des questions de souveraineté, ensuite pour des questions d’incompatibilité entre les règles de Kyoto et celles qu’ils sont entrain de mettre en place dans leur législation. Ils ne seraient manifestement pas opposés à la création d’un nouveau protocole, mais près que leur législation soit passée au Congrès. Enfin, les pays en développement accusent les pays développés de vouloir tuer le Protocole de Kyoto, qu’ils veulent prolonger pour maintenir une vraie différenciation entre engagements des pays développés et actions des pays en développement. Ils demandent donc aux pays développés ayant ratifié le PK, de s’engager pour une deuxième période, même si les Etats-unis ne ratifient pas Kyoto. Ils s’accommoderaient manifestement d’une situation où l’engagement des Etats-unis est fixé par une décision de la CdP, et pas dans le cadre d’un nouveau protocole.

Il y a deux interprétations possibles de cette position des pays en développement, et notamment des pays émergents. Soit les pays émergents font pression vers le bas, parce que lors des prochaines négociations, quand on leur demandera de prendre des engagements comparables à ceux des pays développés, ils essaieront de prendre un engagement du type des Etats Unis, et pas du type de Kyoto. Soient ils jugent, comme les pays développés ayant ratifié Kyoto, qu’il n’est pas possible de conclure un accord qui traite les Etats Unis différemment des autres pays développés, mais ils souhaitent quand même leur faire payer le prix politique de sortie du PK.

Au-delà, de ce qu’il sera possible de faire ou pas à Copenhague, voici quels sont les scénarios possibles pour l’accord final :

- Un nouveau traité international, additionnel à la Convention, qui intègrerait, suite à la fusion des voies de négociation (dès Copenhague ou ultérieurement), l’acquis du PK; ce nouveau Traité devrait être ratifié par tous les pays, y compris les Etats Unis. C’est l’option préférée de l’UE, mais également de certains pays du groupe de l’Ombrelle comme l’Australie. - Un nouveau traité pour couvrir les éléments du Plan d’Action de Bali, plus un PK amendé significativement, notamment pour réformer les mécanismes de flexibilité et les modes de comptabilisation des puits de carbone ; les deux devraient être ratifiés. C’est l’option préférée d’un bon nombre de pays en développement. - Un nouveau traité pour couvrir les éléments du Plan d’Action de Bali, mais avec de nouveaux engagements chiffrés pour les pays développés pour une seconde période d’engagement du PK; seul le premier devra être ratifié. C’est peut-être une option accessoire en deux temps à laquelle les européens peuvent penser, s’ils conditionnent la négociation du premier au remplacement du second lorsqu’il rentrera en vigueur. - Une série de décisions de la CdP, qui n’auront pas â être ratifiées, mais qui, bien que « juridiquement contraignantes », présentent la particularité de ne pouvoir créer de nouvelles obligations par rapport à ce que contient déjà la Convention, ce qui risque de limiter le niveau d’ambition, les conditions d’examen du respect des engagements et la possibilité de réduire progressivement la différenciation entre pays développés et pays émergents.

Le risque de créer un régime à deux vitesses pour les pays développés, avec un régime plus souple et sans mécanisme d’observance pour les Etats-Unis, est réel. La question sera de savoir si l’UE peut accepter de payer ce prix, ce qui créerait un précédent important, pour garantir la participation américaine d’une part et éviter la déception des pays en développement d’autre part. Les différences de positions entre l’UE et les Etats-unis témoignent aussi de la différence entre deux traditions juridiques : l’UE, qui se veut multilatérale et légaliste, et les Etats-Unis qui considèrent que la confiance dans les régimes d’observance et de sanctions domestiques est largement suffisante.

jeudi 5 novembre 2009

L'Iddri à Barcelone: Le déblocage des négociations par le Groupe Africain

Les négociations climat ont continué hier à Barcelone, après la levée du blocage, opéré par le Groupe Africain lundi et mardi, des négociations dans le cadre de la voie du Protocole de Kyoto. La situation a pu être débloquée grâce à un compromis de procédure obtenu lors de la session plénière du goupe ad-hoc AWG-KP mardi soir, suite aux consultations des parties par son président, John Ash, au termes duquel le travail de négociation sera divisé en temps respectivement dédié à 60% sur les engagements chiffrés des pays développés et 40% aux autres éléments sujets de négociation notamment les puits de carbone et l’utilisation des mécanismes de flexibilité.

Le Groupe Africain, qui voulait se faire entendre et montrer qu’il était prêt à tout pour défendre ses intérêts, a notamment reproché aux pays développés ayant ratifié le Protocole de Kyoto, de ne faire aucune proposition pour fixer un objectif ferme de réduction de leurs émissions. Plus précisément, les requêtes du Groupe Africain peuvent être présentées comme suit :

- Le Protocole de Kyoto continue d’être l’instrument de référence pour fixer les engagements des pays développés en matière de reduction d’émissions.

- Les pays développés doivent faire des propositions non seulement fermes mais également précises quand au niveau de leurs engagements et la manière de les remplir, au niveau national d’abord, y compris le volume sequestré par les puits de carbone sur leurs territoires, et ensuite par l’utilisation de crédits d’émissions (offsets) générés par des activités à l’étranger, et ne pas se cacher derrière le flou des chiffres pour la réalisation de leurs engagements.

- Le niveau d’ambition doit être guidé par la science, dans le haut de la fourchette recommandée par le GIEC, à savoir au moins 40% de réduction.

- Comme préalable de toute discussion sur les actions d’atténuation des pays en développement, les pays développés doivent d’abord inscrire les engagements fermes, qu’ils auront ainsi proposés dans le cadre du Protocole de Kyoto, dans la négociation qui a lieu dans le cadre de la convention (AWG-LCA) par référence à un objectif à long terme pour les pays développés et d’un objectif global aspirationnel, pour ensuite les inscrire dans la négociation dans le cadre du Protocole de Kyoto. Les pays en développement veulent éviter de répéter le scénario du MEF dont les conclusions, qui ne fixaient pas d’objectif à moyen terme pour les pays développés, créaient une ambiguïté concernant la répartition des efforts de réduction.

- Le Protocole de Kyoto ne doit pas être ni remplacé ni fusionné avec un nouvel accord. Au contraire, le Groupe Africain souhaite un résultat dans les deux voies de négociation, d’une part d’un objectif chiffré contraignant pour la deuxième période d’engagement du Protocole de Kyoto, conformément à son article 3.9, et d’autre part à un instrument juridique distinct reflétant les engagements de tous les pays développés à moyen et long terme.

jeudi 4 décembre 2008

L'Iddri à Poznan : Towards a merge of the two ad hoc working groups?

Interesting discussions took place this morning (December the 4th) during KP plenary regarding the work program for 2009. Especially regarding the opportunity to merge the two ad hoc working groups (AWG-KP and AWG-LCA) on the road to Copenhagen.

Norway and Australia said AWG-KP and AWG-LCA need to work in harmony in 09 and Parties should create as much synergies as possible between them. It means that some issues need to be dealt with back to back and others jointly including comparability of efforts between developed countries and response measures. New Zealand even suggested creating a committee of the whole in June to take stock of both processes and produce a negotiating text. China took the floor to say quite strongly that Parties should not deviate from the structure of the Bali Road Map. And said a major revision of the two negotiating tracks would not be useful, as it would cause disputes between Parties. It was one of the very first direct exchanges between Parties about this very important issue regarding the structure of process the next year.

This idea of merging the two AWGs is pushed by some developed country Parties in an attempt: to pay attention to the overall consistence of the process; and to engage the US and emerging countries into emissions reductions commitments for the former and actions for the latter. But it is some far resisted by the vast majority of developing country Parties. They are indeed comfortable the KP negotiating track. And they want to negotiate stronger commitments for annex I countries during the second implementation phase.