Le fait politique marquant de Bangkok avait été une certaine dramatisation autour de l’avenir du protocole de Kyoto, un avenir qui semblait de plus en plus incertain. A Barcelone, cette crispation s’est encore accrue. Rappelons que la négociation avance, et avancera jusque Copenhague, sur deux voies : celle de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et celle du protocole de Kyoto (PK). Rappelons aussi que la nature juridique de l’accord visé à Copenhague est toujours incertaine, et que toutes les options sont sur la table : un nouveau protocole, deux protocoles (le PK et un nouveau protocole), une série de décisions de la Conférence des Parties (CdP) de la CCNUCC, ou même une simple déclaration politique.
Les forces en présence sont, schématiquement, les suivantes : les Etats-Unis continuent, et continueront, de refuser de ratifier le protocole de Kyoto. Les Européens, comme auparavant les Japonais et les Australiens, estiment que Copenhague doit déboucher sur la création d’un instrument juridique unique, qui prendrait la forme d’un nouveau protocole. Face à cela, les pays en développement, et notamment les grands pays émergents (Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud…) sont pour la plupart en faveur d’une deuxième période d’engagement du PK, et souhaitent que les Etats-Unis s’engagent, mais pas nécessairement dans le cadre du PK, mais possiblement, et vraisemblablement, dans le cadre d’une décision de la CdP.
Hier, la Gambie, au nom du Groupe africain, a décidé de bloquer les négociations dans l’une des deux voies de négociation, celle du protocole de Kyoto, tant que les pays développés ayant ratifié Kyoto n’auront pas tous annoncé un objectif ferme de réduction d’émissions. L’Algérie, l’Egypte, le Bénin, la Bolivie et le Venezuela ont appuyé la position du groupe africain. Cette décision du Groupe africain, et plus généralement la position de la quasi-totalité des pays en développement de maintenir une paroi étanche entre les deux voies de négociation, est généralement motivée par deux arguments. Premièrement, les pays en développement souhaitent que le PK continue à servir de référence pour les engagements des pays développés, car la référence aux 25-40% de réduction d’émissions pour les pays développés en 2020 par rapport à 1990 du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) n’existe que sous le PK, et pas sous la CCNUCC. Ils veulent même que le niveau d’engagement agrégé des pays développés soit de 40%. Et deuxièmement, ils considèrent que le remplacement du PK par un autre protocole fait courir le risque d’un affaiblissement du PK. Sur ces deux points, les pays en développement ont sans doute raison : les engagement des pays développés ne sont pas encore à la hauteur de ce que la science demande (ils sont entre 16 et 23%), et ce risque d’un affaiblissement du PK existe, si on se lance dans un exercice d’importation de l’acquis de Kyoto dans le cadre d’un nouvel instrument juridique. Mais en faisant cela, ils créent aussi le risque que les pays développés ayant ratifié Kyoto sortent, tout simplement, du PK. Et surtout ils créent la garantie que les engagements des Etats-Unis seront plus faibles que ceux des autres pays développés.
Qu’il y ait ou non une deuxième période d’engagement du protocole de Kyoto, la négociation à Copenhague devrait être une négociation sur la création d’un « Kyoto + ». Un Kyoto + en termes de participation, en obtenant l’engagement des Etats-Unis, et en suscitant l’action dans les grands pays émergents. Mais aussi un Kyoto + en termes d’ambition et d’efficacité du régime climatique international, notamment en mettant en œuvre de nouvelles dispositions liées au soutien technologique et financier à apporter aux pays en développement pour leurs actions de réduction d’émission et d’adaptation.