Cet après-midi, une rencontre organisée dans le cadre d’un événement parallèle a mis l’accent sur un certain nombre de questions concernant l’utilisation des biocarburants dans le monde. L’événement a présenté un intérêt à deux points de vue : d’une part, les aspects techniques relatifs à la durabilité et à la réelle contribution des biocarburants à la réduction des GES, et, d’autre part, les aspects politiques qui entourent leur utilisation.

Les trois principaux acteurs dans le secteur des biocarburants étaient présents. Le Brésil, représenté par plusieurs diplomates, les États-Unis, représentés par la directrice de l’Agence de protection de l’environnement (EPA), Lisa Jackson, et le marché de la consommation européenne, représenté par le Suédois Martin Larsson. Autour de la table se trouvaient donc les plus grands producteurs (Brésil et États-Unis), les plus gros consommateurs (Brésil, États-Unis et UE), et les principaux obstacles à l’utilisation à grande échelle des biocarburants.

Le thème central a été indubitablement la contribution des biocarburants à l’atténuation du changement climatique et la durabilité du processus de production. Les différentes parties ont présenté des approches très différentes du même sujet.

La position américaine a été conforme au statu quo diplomatique traditionnel : il n’a été question que de la production domestique, avec le même discours repris depuis des mois. Alors que tout le monde s’attendait à ce que Mme Jackson mentionne au moins la décision de l’EPA sur le statut dangereux des GES, elle s’est contentée de répéter que « la sécurité énergétique est l’objectif fondamental d’Obama en matière de biocarburants ». Rien que nous n’ayons déjà entendu, mais c’est au moins une évolution par rapport au concept de sécurité énergétique du temps de l’administration Bush, qui portait davantage sur la « sécurisation » des sources de combustibles fossiles.

La Suède, au nom de l’Union européenne, a évoqué les critères de durabilité de l’UE en matière de biocarburants. L’accent a été mis sur différents domaines, notamment la durabilité sociale et la comptabilité des émissions de GES. Le thème le plus intéressant a cependant été celui du changement indirect d’affectation des terres, ou « ILUC » (de l’anglais Indirect Land Use Change). Le processus est apparu localement, avec le remplacement par des cultures de production d’éthanol d’autres utilisations possibles des terres, telles que l’élevage du bétail en Amazonie. Les modèles actuels tentent de prédire les changements d’affectation des terres à l’échelle internationale. Ce problème, d’une importance vitale pour le débat, est en train de devenir encore plus complexe qu’il ne l’était déjà. De quoi se demander si nous ne sommes pas en train de compliquer les choses pour justifier une position politique.

Mais tout n’est pas sombre pour l’avenir de l’éthanol brésilien. Le fait marquant de la présentation a été une reconnaissance de cette source de combustible ; en conclusion, M. Larsson a déclaré que « nous l’UE ne voyons aucun problème dans l’utilisation de l’éthanol brésilien », en se référant aux mêmes critères de durabilité mentionnés plus tôt. Cela constitue une avancée compte tenu des lourdes connotations politiques qui imprègnent toutes les discussions sur les biocarburants à l’échelle internationale. Le plus grand défi pour la diplomatie brésilienne concerne davantage la communication que les aspects techniques. On assiste à une guerre de territoire entre les différentes sources d’énergie alternatives et l’arme la plus puissante ici est la stratégie de communication, bien plus que de nouvelles solutions technologiques.

Dans l’ensemble, cet événement parallèle brésilien s’est déroulé dans un bon esprit. Lors de la réunion technique, la parole a été donnée à tous les acteurs concernés : secteur privé, écologistes, différents ministères – à l’exception, curieusement, du ministère de l’Environnement ; nous ne pouvons que spéculer sur les raisons qui expliquent cela, et ce sera l’objet d’une discussion ultérieure... Mais le clou de l’événement a été lorsque l’ambassadeur du Brésil a prié tous les Brésiliens de quitter la salle. Pourquoi ? Parce que, selon le service de sécurité de l’ONU, le nombre de personnes présentes dans la salle constituait une menace pour la sécurité. Signe du succès de fréquentation de l’événement, cette demande a mécontenté les Brésiliens ; les plus « chanceux » d’entre eux ont été escortés vers la sortie par l’ancien ministre brésilien et chanteur international Gilberto Gil. Certains Brésiliens ont plaisanté sur le fait qu’ils devenaient enfin des réfugiés environnementaux. Mais les choses se sont bien terminées. La réunion s’est conclue par un acte symbolique caractérisant la volonté du Brésil d’être reconnu comme un acteur mondial majeur : le plus fin des festins dans l’histoire des side events du Bella Center !