Depuis Bali, les négociations sur le financement sont subdivisées en quatre thèmes différents : montant et sources des transferts financiers ; gouvernance de l’architecture financière ; évaluation, communication et vérification (« MRV ») des flux financiers ; déboursement du financement. Depuis quelques mois – plus exactement depuis qu’il est devenu clair qu’il y aurait une réunion des chefs d’État à la fin de Copenhague – un nouvel enjeu a émergé : celui du financement à mise en œuvre ou démarrage rapide (plus connu sous son dénomination anglaise, fast-start finance), soit les flux financiers pour la période 2009-2012. Le chiffre approximatif avancé est d’environ 10 milliards d’USD par an. Ce serait une bonne chose si l’accord de Copenhague prévoyait une importante somme d’argent immédiat pour soutenir la définition ainsi que la mise en œuvre d’actions d’adaptation et d’atténuation dans les pays en développement.

Actuellement, les pays développés se concentrent sur le financement à mise en œuvre rapide pour l’adaptation en premier lieu, puis pour le mécanisme REDD-plus, et enfin pour les activités de préparation relatives à d’autres enjeux d’atténuation. 10 milliards d’USD par an, ce n’est relativement pas beaucoup, il n’y a donc pas grand-chose à partager. Mais il est important que sur les questions d’atténuation hors REDD-Plus, le financement à mise en œuvre rapide n’exclut pas de financer des réductions réelles d’émissions. Il existe de bons projets ou programmes d’atténuation dans les secteurs de l’énergie, des transports, du bâtiment, etc., qui n’attendent qu’un soutien international, en complément des ressources nationales, pour avancer.

Le sujet de ce financement fast-start suscite cependant de vives inquiétudes, chez nous comme dans de nombreux pays. Aussi utile soit-il pour amorcer des mesures immédiates, il ne doit pas nous détourner de la question des engagements d’atténuation de long terme. Les pays développés qui en font à présent l’objet de leurs promesses — ce qui leur assure la une des médias — ne doivent pas occulter le fait qu’ils ne se sont pas encore engagés à fournir un apport financier adéquat à moyen terme. Le financement à mise en œuvre rapide est un élément important de l’accord à Copenhague, mais il doit s’accompagner d’un montant de financement à moyen terme, de la création de nouvelles sources de financement (telles que les revenus de la mise aux enchères des quotas pour les émissions des transports aériens et maritimes (les « bunker fuels »), d’une réforme de la gouvernance de l’architecture financière, et d’un système MRV solide pour les flux financiers.

Sur ce dernier point, il est d’une importance capitale d’assurer la pleine transparence du financement à mise en œuvre rapide. En effet, il est très difficile de faire la distinction entre les différents instruments financiers qui pourraient être utilisés : subventions, prêts, garanties, etc. Les garanties sont des instruments financiers utiles et puissants, qui doivent être utilisés de manière appropriée, parce qu’ils peuvent avoir un effet de levier important sur les flux financiers privés. Mais les coûts de ces instruments sur les budgets des États sont inférieurs aux coûts des subventions. Par conséquent, les pays peuvent et doivent promettre plus d’argent si leurs engagements comprennent des garanties. Par ailleurs, il est également très difficile d’évaluer si les promesses sont vraiment complémentaires ou si elles ne se contentent pas de recycler l’APD et les flux climat existants. D’où la nécessité d’établir un système MRV solide pour les flux financiers à moyen terme.

Le financement à mise en œuvre rapide ne doit pas être considéré comme un moyen facile d’acheter l’adhésion à l’accord de Copenhague de certains pays en développement, qui ne se laisseront pas faire de toute façon. Ce financement doit donner le ton juste pour les actions à moyen terme, et permettre d’obtenir les réductions d’émissions immédiates nécessaires pour combler l’écart entre les engagements actuels et ce qui est nécessaire pour être sur la bonne voie de l’objectif de 2°C.