“Cities are part of the climate change problem, but they are also a key part of the solution. So do not repeat the mistake of the Kyoto protocol: do not forget local authorities”. Voilà en résumé le message martelé par les autorités locales et les réseaux de villes et/ou de régions présents à Copenhague.

Cependant, les questions urbaines restent encore périphériques dans les négociations. Plusieurs éléments contraignent l’émergence et la reconnaissance des métropoles, à la fois comme sujet dans les négociations mais surtout comme nouvel acteur du changement climatique : la négociation vise un accord multilatéral qui engage, au regard du droit international, les Etats au premier chef. Cela n’empêche pas l’intégration des niveaux infra nationaux, mais la CCNUCC reste marqué du sceau de Rio qui a consacré la souveraineté des Etats dans la gestion du développement durable. En effet, les discussions de la COP15 se déroulent dans un cadre bien balisé, qui est d’une part la CCNUCC et d’autre part le Plan d’Action de Bali qui ne font mention ni l’un ni l’autre des villes. Enfin, du fait des difficultés à avancer sur les points clefs d’un accord post-Kyoto, il apparaît difficile de mettre sur la table de nouveaux sujets, pour pertinents qu’ils soient.

L’objectif des autorités locales a été résumé lors de la dernière réunion du C40, à Séoul (18-21 mai 2009), par la formule “Engage, Empower and Resource”, qui appelle de ses vœux des engagements précis et quantifiés assortis d’une échéance, l’octroi de compétences renforcées aux autorités locales afin de leur donner réellement les moyens d’agir, et le déblocage de ressources financières substantielles.

Comme l’a rappelé Ronan Dantec (vice-président de Nantes Métropole) le 7 décembre 2009 dans son intervention lors de la séance d’ouverture du groupe ad-hoc de travail sur une action coopérative de long-terme (AWG-LCA), « depuis 2 ans, les principaux réseaux de collectivités locales et sub-nationales sont intervenus pour rappeler la place déterminante que jouent et veulent jouer les autorités locales dans la lutte contre le changement climatique. Aucun pays ne tiendra ses engagements que nous espérons ambitieux, sans l’engagement de ses autorités locales. »

Si de nombreux élus locaux du monde entier et plusieurs réseaux d’autorité locales sont présents à la COP15 (Energie-Cités, Climate Alliance, Metropolis, Eurocities, WMCCC, etc.), ICLEI est sans doute le plus visible et le plus actif. Installé dans le Hall C du Bella Center regroupant les secrétariats des délégations, les bureaux d’ICLEI (situé juste entre la délégation française et la délégation de Papouasie Nouvelle Guinée) lui permettent d’organiser en continu des side-events, mais surtout lui offre une proximité favorable à son activité de lobby. Cet accès aux délégations se concrétise notamment par des rencontres à huit-clos entre les négociateurs et leurs élus locaux. Durant ces réunions informelles, ICLEI offre d’une part un espace de dialogue nécessaire pour lever les blocages de compréhension et d’appréciation des enjeux, et d’autre part présente les revendications des élus locaux – cette fois adossés à une communauté internationale.

Pour Copenhague, l’objectif des réseaux d’autorités locales est double : améliorer la communication entre les élus locaux et les gouvernements d’une part, et d’autre part obtenir une mention du rôle clef des villes et régions dans les textes qui seront adoptés lors de la COP15. Cette reconnaissance internationale doit être comprise comme une étape pour mobiliser les échelons locaux et sub-nationaux, tout en respectant les prérogatives des gouvernements nationaux, c’est-à-dire rééquilibrer la gouvernance multi-niveau et renforcer le pouvoir de négociation des autorités sub-nationales.

Le premier objectif – améliorer la reconnaissance et la compréhension du rôle que les villes peuvent et veulent jouer dans la lutte contre le changement climatique - semble être atteint. Le second objectif – la quête du « wording » - a fait l’objet d’une intense activité depuis la COP13 de Bali en 2007, et plus particulièrement au cours de l’année 2009. Nombre de pays développés et en développement ont reconnu l’importance du rôle des échelons sub-nationaux et ont défendu des soumissions officielles intégrant les nécessaires partenariats entre tous les niveaux de gouvernement. Ceci a abouti à une centaine de références dans les chapitres vision partagée, atténuation et adaptation. Malheureusement, la plupart de ces amendements ont disparu dans les textes présentés à la fin de la Conférence de Barcelone, et les élus locaux doivent aujourd’hui reprendre leur bâton de pèlerin. Cette tâche a été compliquée durant cette première semaine d’une part par la multiplicité des textes et donc la difficulté de savoir sur lequel travailler, et d’autre part le durcissement des négociations se focalisant sur le cœur d’un futur accord international et fermant la porte à l’entrée de nouveau sujet.

L’entrée en piste des maires des grandes villes du monde lors du « Copenhague Climate Summit for Mayors » (15 et 16 décembre), en parallèle de l’arrivée des ministres puis des chefs de gouvernement, apportera-t-il le poids politique suffisant pour emporter cette reconnaissance internationale ?